
Qu'appelle-t'on une orchidée d'ombre ? Le terme est en fait employé
pour un grand nombre d'espèces, étant donné que la distinction n'est pas toujours faite entre "mi-ombre", aussi nommée "ombre claire" (à peine moins éclatante que le soleil tamisé) et "ombre
profonde".
Les orchidées de "mi-ombre" sont souvent des épiphytes qui poussent à mi-hauteur des arbres, c'est le cas de nombreuses espèces à feuillage fin (
Bollea,
Cochleanthes...) ou souple
(un bon nombre de
Phalaenopsis). Les orchidées d'ombre véritable poussent, selon le cas, au pied des arbres ou dans des forêts de brouillard, comme d'une part les
Paphiopedilum,
qui sont les plus connues, mais aussi les
Paphinia, ou d'autres part certaines Pleurothallidinae.
Les espèces de mi-ombre demandent de 10 000 à 20 000 lux, et les espèces d'ombre de 4 000 à 10 000 lux. Ces chiffres permettent de constater deux choses : d'abord qu'une même catégorie est
extrêmement vaste, les espèces pouvant avoir dans chacune d'entre elles des besoins variant du simple au double et au-delà, mais aussi que "l'ombre" des orchidées reste celle de plantes tropicales,
qui ont des besoins en lumière bien supérieurs à ceux des fougères ou autres lycopodes, par exemple, plantes d'ombre beaucoup plus nordiques.
Ceci posé, on rappellera que l'intensité lumineuse décroissant vertigineusement à partir de la fenêtre, il est absolument exclu de placer une orchidée, s'agît-il d'un banal et solide Phalaenopsis
hybride acheté en supermarché, à 3 mètres d'une fenêtre exposée au Nord en s'attendant à le voir refleurir. On ne le dira jamais assez : la plupart des orchidées qui ne refleurissent pas manquent
tout simplement de lumière, et il suffit de les rapprocher d'une fenêtre (moins de 50 cm, maximum 1 m dans le Sud si la pièce est bien ensoleillée) pour que le "miracle" de la floraison se
produise.
Pour qui a la malchance de vivre dans un appartement assez mal exposé, le choix des espèces se complique. Et plus encore pour qui - c'est mon cas - déteste d'un même coeur le Phal hybride dit
"de jardinerie" (quelque spectaculaire qu'il puisse être) et les Paphiopedilum. Toutefois, en se donnant un peu de mal, il est parfaitement possible de trouver des orchidées faciles à garder, et
qui vivent fort bien.
En ce qui me concerne, mon appartement a une exposition Nord-Est, de grandes baies vitrées donnant sur un balcon (évidemment ombragé par le balcon de l'étage supérieur) et une vue
raisonnablement dégagée, donc claire. Au plus fort de l'été, je peux compter sur un peu plus de 2h maximum par jour, le matin de bonne heure, et je ne vois pas du tout de soleil, même pas sur le
balcon, de fin octobre à fin janvier.
Je veux vous présenter aujourd'hui un genre qui me plaît beaucoup, et se plaît bien chez moi, les
Lockhartia.
Il y a une trentaine d'espèces de ces petites épiphytes sud-américaines, qui ont toutes la particularité d'avoir des feuilles très imbriquées, presque triangulaires. Les fleurs sont généralement
jaune-rouge, ou plus rarement blanches, et poussent vers le sommet des tiges. Ce sont des plantes de culture tempérées-chaudes, qui supportent d'être cultivées en chaudes.
J'en ai 4 espèces différentes, et l'expérience semble m'apprendre qu'elles vivent mieux montées, ou en soucoupe, qu'en pot. C'est par exemple le cas du
Lockhartia oerstedii, dont la plante
est en photo en tête d'article, et dont la fleur ressemble à ceci

. Cette espèce est l'espèce-type, et se trouve facilement chez les producteurs (la mienne vient de chez Nardotto). J'ai également
Lockhartia lunifera (Vacherot), que j'ai mise en soucoupe parce qu'elle me semblait dépérir dans son pot :

Cette
plante très sympathique est restée en fleur longuement l'été dernier, sur un long morceau de tige :
En revanche, le ravissant
Lockhartia hercodonta, difficile à se procurer (j'ai commandé le mien à Mundiflora, producteur équadorien), original avec sa petite fleur blanche

est assez difficile à garder, et même si je m'apprête à le monter en urgence, je
ne suis pas sûre qu'il survivra. Quant à mon grand
Lockhartia elegans (provenance AM Orchidée)

, il ne semble
pas très heureux dans son pot, comme on le voit sur cette photo

,
avec ce défaut de développement des feuilles de la nouvelle tige qui signe un stress hydrique.
Les
Lockhartia, bien que sympodiales, n'ont pas vraiment de réserve d'eau, n'ayant pas de pseudo-bulbes, et sont donc intolérantes à la sécheresse, mais comme elles pourrissent aussi
facilement, l'équilibre des arrosages est délicat, d'où l'avantage de la culture sur plaque ou en soucoupe. De plus, leurs fines racines sont plus faciles à perdre qu'à gagner.
D'expérience, le plus facile est
Lockhartia oerstedii. Je baigne le mien tous les matins, et je fais couler de l'eau à la base des tiges, ce qui semble encourager le développement des
racines.
Il y a encore bien d'autres espèces d'ombre, et donc... suite au prochain épisode !
Muriel - Orchid'Azur
Sources : Orchidées, guide de l'amateur, de Roger Bellone, et Cultiver les orchidées avec ou
sans lumière artificielle, de P. Descourvières (ce dernier étant disponible pour les membres dans la bibliothèque de l'association)